Poète? Pensez donc...
j'écris. Comme on joue,
comme on se joue des mots
je ris avec les maux
mais poète... non, loin de là!
Que personne ne se leurre!
Eussé-je l'énergie, le courage
d'un simple trèfle
qui pousse malgré le gravier
la foi de l'arachnide
qui mille fois refait
ce que le vent défait
eussé-je la constance
de la mouette qui fonce
encore et encore
sans d'autre repos
que celui de reprendre
les forces pour s'élancer de nouveau
oui, je serais poète
Mais là, pauvre joueur
pusillanime attristé
ménageant chèvre et choux
craignant moins la blessure que de blesser
fuyant la vérité que devrait
-sicut dicunt-
rechercher l'artiste vrai...
personne ne se leurre
C'est chouette, une rime;
c'est beau, ce sonnet;
les sons font plaisir;
c'est drôle, ces idées
Mais la rage ou la blessure
le flux du sang qui vieillit
les molécules arrachées
la plaie ouverte au ciel
le silence qui répond au chant
ah! le feu qui dévore la feuille
et la main et l'horloge
l'âme qui prend le coeur par la main...
personne ne se leurre!
Allons, l'ivresse! l'ivresse!
Si le méandre est tortueux
c'est un bon méandre
Si la chute est longue
c'est une belle chute
Si la douleur est aiguë
elle chante juste
Fuyons, enhardis du délire
que les vers provoquent
avant que les vers nous tournent
Personne ne se leurre,
tous faisons semblant.
Fausto Olivares
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