L'addition

Reste un glaçon, l'alcool est bu
le verre espère et le gosier
réclame encore un p'tit dernier...
Reste la glace au fond du cul

concave et lisse aux bords humides
posé pour la dernière fois
au bord de la table en faux bois
où s'endorment les flacons vides

Pourvu qu'on ait l'ivresse... Oui!
mais l'ivresse dure le temps
que la langue brûle envoûtée.

Les vapeurs s'effacent sans bruit
quand la larme attriste en passant
ma joue qu'Elle n'a pas baisée.

Fausto Olivares


Aïloviou

A chaque putain de fois que j'écrivais un vers nouveau
il y avait un fucking book qui me disait : "c'est déjà pris"!
Shit à la fin! il n'y a pas non plus trois-cents moyens jolis
de dire un fucking "i love you" en changeant juste les mots!

Putain de Goethe, Elvis, fuck you William, Jacques et Paul Fort
What! pour être les premiers vous croyez-vous plus légitimes?
Mon avantage est grand, WTF?, je suis vivant : vous,  morts!
Je peux encor trouver, chercher, creuser, créer, même! Pim!

Même Ludwig s'est permis de faire une lettre à Elise
sans mots, sans sens, sans vers et sans paroles, alors qu'exquise
la même fucking girl m'inspire un amour aussi profond!

Serge aussi s'est essayé, fucking Gainsbarre et ses chansons...
Je vais fouiller là où les grands noms n'ont pas pensé fouiller :
Moi-coeur-sang-toi.  Voilà. C'était dans un cahier d'écolier.

Fausto Olivares

Cléopâtre

(A Ludo, pour ses rêves partagés de voiliages...)

Lame de fond
l'âme si lourde
larme de front
tristesse sourde

la voile s'enfle
la quille ronfle
la proue s'enfonce
et fend le flot

l'aube s'annonce
dans le sillage
l'horizon fronce
de noirs nuages

cap à l'Ouest
retour en France
dans mon dos reste
l'Egypte immense

Alexandrie
au triple phare
me voit m'enfuir
dans l'aube noire

Phare du port
merveille antique
éclats uniques
clin d'oeil au sort

Soleil levant
Râ l'éternel
repeint en rouges
sables d'Orient

Et tes yeux sombres
troisième phare
brûlent dans l'ombre
les au-revoirs

La poupe glisse
comme un silence
facile et dense
sur l'onde lisse

La face au cap
le dos au vent
le coeur ouvert
le corps tremblant

Adieu le Nil
adieu jolie
danse au nombril
d'Alexandrie

Fausto Olivares



ABCD (petit jeu)

Chaque entrée du dictionnaire
-croyez-moi donc sur paroles-
me ramène à cette folle
envie de la voir me faire

battre plus fort la poitrine
respirer feu rouge et d'or
trembler membres et le corps
exploser sans cocaïne

J'ouvre le livre au hasard...
aphasie : quand je la voix
baromètre : mon émoi
câliner : je pique un fard

dédale : mon embarras
engrenage : mes nuits blanches
funambule : entre ses hanches
gravitation : ses appas

hédonisme : permettez
que j'arrête de m'étendre
Vous ne voulez pas m'entendre
chanter, rire ni pleurer

Mais jusqu'au Z de la fin
chaque entrée du dictionnaire
définit à sa manière
un fragment de mon destin

Je l'aime, qu'on se le dise,
quoiqu'elle n'y puisse rien :
elle éclôt, malgré ses soins,
de quelque mot que j'élise !

Fausto Olivares


Ich bin vom Kopf bis Füss...

(A mon ami Jean-Luc BTZ)

Ce n'était pas à l'Ange Bleu...
Tu n'étais pas Lola Lola,
mais tant je me sentais moins vieux
à voir les ailes de tes bras

que je t'ai prise pour Dietrich
quoiqu'en couleurs et les yeux noirs.
J'arrache des murs ton affiche
car personne ne doit savoir...

Je garde la date et le lieu
de tes spectacles, ma Lola,
gardien jaloux plus qu'ange bleu,
d'un secret qui m'enchaîne à toi:

A chaque rire que tu lances
un de mes cheveux blancs s'en va;
chaque fois que ton ventre danse
un jour vécu vole en éclats.

C'est que le temps n'est que du vent
qui siffle dans nos os durcis...
mais de la tête aux pieds, le sang
chargé d'amour redonne vie.

Car si le vent gonfle la toile
des voiliers dessus l'océan,
tes pas rythmés lèvent un voile,
rempart d'or bleu contre le temps.

Dans ce cabaret qu'est le monde
certains ont un siège à leur nom,
d'autres grappill'nt quelques secondes,
les plus nombreux paient puis s'en vont.

Moi qui traîne dans les coulisses
frôlant les pendrillons mités
-toi la lumièr', moi l'ombre lisse-
je bois ton jus d'éternité.

Balance et danse! Ô ma Lola!
offre tes hanches à leurs regards !
sans voir qu'au loin, au creux de moi,
pousse un bourgeon de nénufar.

Et si ce jour vient que la nuit
n'ouvre plus le rideau de scène,
cueillez dessus mon corps flétri
la fleur de la joie souveraine.

Fausto Olivares






Manque

Eh bien oui, tu me manques.
J'ai beau n'être que vent, reste de saltimbanque,
avoir choisi l'ailleurs plutôt que tes côtés,
tu me manques. C'est noté.

La route, ma maîtresse aux parfums de calanque,
me retient prisonnier d'un rêve de départ.
I miss you, tu me manques. I miss you, mais je pars.

Quel est ce délire étrange 
qui m'invite à me fondre à l'instant dans tes yeux 
et me tire en arrière en un jeu sans pitié?

Tu me manques. 
Et ce manque me fait respirer.


Fausto Olivares
29 mars 2014

Psyché

Je ne te connais pas.
Je vais, je viens, je vis,
Puis un jour je te vois:
et là mon corps vieilli
sourit tendre et béat.
Je n'ai plus qu'une envie:
te revoir devant moi.

Je ne te connais pas,
mais déjà je te sais:
et je sais qu'avec toi
le sourire espéré
chatouillant mon émoi
me fera frissonner:
je cours donc après ça?

Le plaisir de te voir
se transforme en besoin,
change attente en espoir
et possible en certain...
change en soif le non-boire
en loin le lendemain
en océan le soir

J'ignore qui tu es
tu me parles si peu
je me livre discret
dans l'espoir que tes yeux
devinent le secret
que je tais audacieux
que je leur crie muet.

Je sais ce que tu m'es:
un décapsuleur bleu
qui me permet d'être ivre...
un pont d'algues et vents
entre la vie et vivre...
un livre au mille sens
où plonger dans l'Histoire...
un écran de ciné
où mes jours s'améliorent...
un phare au bout du monde
qui m'assure à la barre..,
la fleur aux cent parfums
que j'oubliais connaître...
le corps qui me rappelle
que mon corps est vivant.
Elixir de printemps
Le bain révélateur
d'une photo sépia
qui reprend des couleurs.


Fausto Olivares






Alexandrie

Quatre. En tout et pour tout.
Je t'ai vue quatre fois.
Depuis, la nuit, le jour,
je te vois, je te vois.

D'abord charmante et seule
vagabonde d'un jour
tu arpentais le monde
de ton pied de velours

(ce fut la premièr' fois
et mon coeur attendri
trébucha sur tes pas)

Puis je te vis à l'oeuvre
évoquant de tes bras
les vagues du Nil rouge
les sagattes aux doigts

(ce fut là la deuxième
et mon coeur eut vingt ans
dans mon corps de bohème)

Ensuite, hélas, ce fut
ta danse et ton bassin
nénufar ondulant
sur mon âge incertain

(Cette fois-là, ce soir
je te voyais flamber
je me voyais te voir)

Enfin je te vis là
au bras de ses caresses
La nuit voulut m'aider
à cacher ma tristesse

(Mais la nuit n'a pas su
arracher la beauté
de mes yeux qui t'ont vue)

Quatre, en tout et pout tout,
quatre fois. Et le temps
qui dicte le tempo
te danse dans mon sang.


Fausto Olivares

Relents

J'ai mon adolescence
à l'âme chevillée
qui porte atteinte à l'âge
de mon corps altéré

Les douze ans de l'école
les treize ans d'amitié
les quatorze d'émois
les quinze de lycée

les seize ans de questions
de quête et d'abandon...
Dix-sept ans, le grand pas.

Le rêve interrompu
de printemps dans la rue
et de bateaux déjà.


Fausto Olivares

Mots

Parle-lui: tu la perds
Ne dis rien: tu la perds
Dis-lui tout: tu la perds
Sois sincère: tu la perds

Sois discret: tu la perds
sois poète: tu la perds
sois poli: tu la perds
sois trop clair: tu la perds 

Tu croyais ? tu avais tort
tu pensais? tu avais tort
tu voulais? tu avais tort

Laisse et ne cherche pas:
garde-la sans lui dire
qu'elle ne comprend pas


Fausto Olivares

Ave Maria

J'ai tiré tes cheveux pour tirer en arrière
ta tête et ton visage et m'offrir ton col blanc
et boire avec fureur le sang d'entre tes lèvres
et mordre à pleines dents ta gorge au teint battant

J'ai tiré tes cheveux mais tes boucles tant brunes
ont enlacé mes doigts si fortement tressés
que j'ai dû m'incliner devant tant de rancune
et d'un long doux baiser quémander ta pitié

Je croyais par ce geste avoir été absous
car ta langue et la mienne en lavaient mes péchés
en un nouveau baptême... Hélas! Pas de clémence!

Tes ongles dans mes reins, dans l'aîne tes genoux
et le feu de tes yeux dans mes yeux dilatés...
mea culpa? d'accord, mais quelle pénitence!

Fausto Olivares

Instant

A tant vouloir vouloir
on oublie de saisir
le moment, le plaisir
et le parfum du soir

A tant vouloir vouloir
on remet à plus tard
le baiser sans le fard,
l'aventure du soir

A chercher l'éternel
on oublie la rougeur
sur la honte des joues

A chercher l'immortel
on assêche la fleur
qui s'endort à genoux.


Fausto Olivares

Aveu

J'ai le rouge au front
je n'aurais pas dû
te dire ces choses
je me serais tu

Mais les mots s'échappent
sans qu'on l'ait voulu
ils brisent la glace
je me serais tu

Le chas de l'aiguille
la croix de Jésus
l'enfer le pardon
je me serais tu

J'ai mis en balance
aux bouts de la rue
ma chance et ta veine
et je me suis tu

Mais la voix s'échappe
par la fente du
hasard des comptines
or je m'étais tu

La balance penche
du côté vertu
réclame silence
je me serais tu

Et pourtant je chante
je n'aurais pas dû
j'ai le rouge au front
de m'être trop tu


Fausto Olivares






Sérénade

Un fil de soie
couleur de résine
la feuille du mûrier
muée en voyage

Un fil qui court
sur des toises et des mètres
Ariane la frêle
s'y tient accrochée

Douce promenade
du doigt sur la fibre
si près qu'elle vibre
pour la sérénade

Germe d'étoffe
le fil tendu tisse
un drappé si lisse
que la peau se flatte

Le fil de mon encre
sur la soie du papier
caresse le rëve
de t'envelopper

Pour Chiara, dans les bras de sa maman
Fausto Olivares

Soliloque

A qui parles-tu? risqua-t-il
en plantant dans mon coeur
son unique oeil béant.
A qui parles-tu? et je vis
que j'étais moins que seul
devant mon verre de rhum.
Petit oeil sans paupières
à l'iris coloré
aux parfums de Madère.

De qui parles-tu? dit la voix
qui sortait de la bouche
sans lèvres du godet
De qui parles-tu? et je vois
que je suis moins que vieux
dessus mon fond de rhum
Boujaron sans couleur
à la culasse ambrée
aux îliennes senteurs

Qui regrettes-tu? lança-t-il
et l'oreille s'agrandit
assoifée de réponse
Qui regrettes-tu? j'entendis
le silence qui sonne
aux flancs du verre de rhum.
Oreille aux boucles rousses
de canne distillée
vieillie en fût des mers

Je crus voir mes doigts creux
prendre le verre à son cou
et d'un long baiser fou
sur son regard vitreux
sur son oreille de glace
sur sa bouche arrondie
le vidai de sa vie
lui volai son audace


Fausto Olivares

Palimpseste

Ce n'est pas la tienne, tant tu lui ressembles...
ce n'est pas ma faute de t'avoir aimée :
ce n'est pas la sienne s'il y a tant d'années
elle fut première à me faire trembler.

Ce n'est pas ta faute quand tu me regardes
si tes yeux d'amandes me font oublier
ton odeur, ton nom, ton présent, ton âge :
c'est dans ses paupières que j'ai su parler.

Ce n'est pas ta faute lorsque tu me parles
si sa voix de Pâques tinte à mon clocher :
tes chœurs si pleins d'anges avec leurs guimbardes,
elle fut première à les faire chanter.

Ce n'est pas ta faute lorsque tu m'embrasses
si tes mains de lierre me font frissonner :
mes doigts pleins de jours et de nuits qui passent
elle fut première à les effleurer.

Ce n'est pas ta faute, ce n'est pas la mienne,
ce n'est pas la sienne ni celle d'un démon,
si la case est prise et que tout me ramène
à la première peine, au premier frisson.


Fausto Olivares

Spectre

L'homme était sec,
ahanait en frappant
la terre aride de ses
doubles mains, que la bèche
allongeait jusqu'au sol
pierreux de ce champ
arrosé de soleil
et d'histoire tragique.

L'homme était dur
et crachait dans ses paumes
pour convaincre le bois
poli, manche de l'outil,
de ne pas arracher
la peau durcie pourtant
à chaque coup lâché
avec un cri du corps

L'homme était seul
avait perdu dans l'âge
ses compagnons de guerres
ses amours, ses prières,
ses dieux vendus aux riches
ses enfants trop civils
le mentir de la ville
le refuge de l'alcool

L'homme était homme
A chaque coup de pioche
a chaque souffle rauque
juron, escapade, dédain,
croissait dans mon enfance
l'admirante assurance
d'être fait de son bois
millénaire et tant soi.

Soi. Sans peur. Tant pis
si la bataille est perdue.
Maudis les vaiqueurs
en courbant l'échine.
Écarte de toi leur route.
Soi. Sois toi. Qu'ils aillent se f f
Quand ai-je cessé de croire
en lui? Cherche, mémoire.

Jamais.

Fausto Olivares


Hallucination

Une pierre tombe
sait-on d'où?
sur le plan miroir de l'étang
les pins jouent à danser
et le montagnes frémissent
inconsistantes
à la surface de l'onde.
Plus de droites
rien ne tient
le ciel tangue et vrille
le soleil dégouline
le nuage devient l'ombre
d'un viaduc entre deux toits
et parle au néant.

Mon regard tombe
sais-tu d'où?
sur tes yeux couleur de trouble
et la couleur de tes yeux
emplit de courbes
mon horizon
mes jambes ne tiennent pas parallèles
et mes poumons se remplissent alternativement
et si mes doigts se serrent
sur un secret en cristal
ils le lâchent avec des spasmes
et la table tangue
et le verre penché se vide
et coule le vin sur mes pieds

Pars
noie-toi
pour moi
c'est bu


Fausto Olivares

Aporie

Où sont passées les chansons qui commençaient par
"où sont passées les chansons?" ?
Qu'est devenu le bon temps de nos grands-parents?
de la chasse aux papillons?

Où sont d'ailleurs partis les papillons de jour,
les vers luisants, les hiboux?
Où même a fui le désir d'avoir été mieux?
l'espoir d'un demain heureux?

Reste-t-il des vingt ans qui rêvent?
L'enfance est-elle morte dans l'oeuf?
A treize ans des amours qui crèvent
de trop de télé. Monde veuf.
A treize ans des litres de bière...
Le Veau d'Or exige un sang neuf.

Fausto Olivares

Dissociation

Me voici deux, comme tant d'autres,
ne pouvant vivre qu'une vie.
L'autre se rêve en filigrane
et se cache au fond du non-dit.

Le temps fournit les armes blanches
contre les nuits, blanches aussi,
rempli de choix et conséquences,
onguent accélérant l'oubli.

Mais le temps butte et perd son temps
contre le fer rouge du sol
qui but mes larmes en premier,

mon premier cri, mon premier sang.
Je fais des châteaux en Alcool
mais foule un sol de vigne et blé.


Fausto Olivares

Récidive

Par effraction ! N'as-tu pas honte?
On n'entre pas ainsi dans les coeurs!
Se servir 
d'un sourire
comme d'un pied de biche!
N'as-tu donc de morale aucune?
Que diront mes os?
que dira mon flanc?
quoi mes nerfs et mes poumons?
quand ils sauront
que j'ai laissé entrer
dans mes veines
le feu qui les dévore?
J'avais pourtant tout fermé
tout était clos
de l'intérieur
à double tour
à triple ardeur...

J'étais en paix depuis tout ce temps
les couchers de soleils étaient suffisants
le chant
d'un enfant
m'amusait à loisir
J'avançais dans le siècle sans rancune
Tout glissait sur moi
je glissais sur tout
le monde autour vivait sa vie
Mais aujourd'hui
Ulysse aurait été
fier de toi
et de ton cheval de Troie
J'ai eu le tort de regarder
un peu plus loin
un peu trop près
un peu trop toi
tu es entrée

par effraction? ou par pitié?
Demain je m'arracherai les yeux
les oreilles
et les dents
on n'est jamais trop prudent !
Va, colocataire importune!
installe-toi dedans!
danse dans mes tourments!
tourne dans mon air et mon sang!
Puis un beau jour
quand desséché
re-vidé
vampirisé tout entier
je ne te serai plus rien
je revivrai
comme la boue
qui colle aux pas
du vagabond


Fausto Olivares


Boudoir

La chaise était de bois
la table était en buis
la main était de chair
le miroir dépoli
l'alliance était d'or blanc
la chemise de nuit
les disques de coton
et mes genoux aussi
les tapis d'Orient
et moi j'étais tapi.

Le geste était d'experte
le fard était parti
la peau semblait d'ivoire
les yeux étaient rougis
les épaules étaient lasses
la caresse alanguie
se copiait dans la glace
en un triste selfie
Mes yeux étaient de trop
derrière la tapisserie

L'heure était de se coucher
le désir endormi
la pensée était morne
et le soupir terni
le tableau était terne
Moi j'étais verni.
Puis son corps s'est levé
et puis ce fut fini
Mes yeux étaient sur elle
quand elle se mit au lit

La lueur était pâle
la lune était remplie
la fenêtre entrouverte
tous les chats étaient gris
Debout, caché dans l'ombre
de son boudoir petit
je rêvais de voyages
dans son rêve infini
J'étais partant, grisé,
marbré, cloué, saisi.

Je ne suis pas parti.
Le matin était clair
avant ce mercredi
Au lever de ses yeux
elle m'a vu assis
sur la chaise de bois
où son châle était mis.
Pas un mot, pas un bruit.
Tout disait : oui. Tout.
Tout était oui, merci.



Fausto Olivares

Délires

Poète? Pensez donc...
j'écris. Comme on joue,
comme on se joue des mots
je ris avec les maux
mais poète... non, loin de là!
Que personne ne se leurre!

Eussé-je l'énergie, le courage
d'un simple trèfle
qui pousse malgré le gravier
la foi de l'arachnide
qui mille fois refait
ce que le vent défait
eussé-je la constance
de la mouette qui fonce
encore et encore
sans d'autre repos 
que celui de reprendre
les forces pour s'élancer de nouveau
oui, je serais poète

Mais là, pauvre joueur
pusillanime attristé
ménageant chèvre et choux
craignant moins la blessure que de blesser
fuyant la vérité que devrait
-sicut dicunt-
rechercher l'artiste vrai...
personne ne se leurre

C'est chouette, une rime;
c'est beau, ce sonnet;
les sons font plaisir;
c'est drôle, ces idées

Mais la rage ou la blessure
le flux du sang qui vieillit
les molécules arrachées
la plaie ouverte au ciel
le silence qui répond au chant
ah! le feu qui dévore la feuille
et la main et l'horloge
l'âme qui prend le coeur par la main...
personne ne se leurre!

Allons, l'ivresse! l'ivresse!
Si le méandre est tortueux
c'est un bon méandre
Si la chute est longue 
c'est une belle chute
Si la douleur est aiguë 
elle chante juste

Fuyons, enhardis du délire
que les vers provoquent
avant que les vers nous tournent 
Personne ne se leurre,
tous faisons semblant.



Fausto Olivares

L'addition

Reste un glaçon, l'alcool est bu le verre espère et le gosier réclame encore un p'tit dernier... Reste la glace au fond du cul ...