(A mon ami Jean-Luc BTZ)
Ce n'était pas à l'Ange Bleu...
Tu n'étais pas Lola Lola,
mais tant je me sentais moins vieux
à voir les ailes de tes bras
que je t'ai prise pour Dietrich
quoiqu'en couleurs et les yeux noirs.
J'arrache des murs ton affiche
car personne ne doit savoir...
Je garde la date et le lieu
de tes spectacles, ma Lola,
gardien jaloux plus qu'ange bleu,
d'un secret qui m'enchaîne à toi:
A chaque rire que tu lances
un de mes cheveux blancs s'en va;
chaque fois que ton ventre danse
un jour vécu vole en éclats.
C'est que le temps n'est que du vent
qui siffle dans nos os durcis...
mais de la tête aux pieds, le sang
chargé d'amour redonne vie.
Car si le vent gonfle la toile
des voiliers dessus l'océan,
tes pas rythmés lèvent un voile,
rempart d'or bleu contre le temps.
Dans ce cabaret qu'est le monde
certains ont un siège à leur nom,
d'autres grappill'nt quelques secondes,
les plus nombreux paient puis s'en vont.
Moi qui traîne dans les coulisses
frôlant les pendrillons mités
-toi la lumièr', moi l'ombre lisse-
je bois ton jus d'éternité.
Balance et danse! Ô ma Lola!
offre tes hanches à leurs regards !
sans voir qu'au loin, au creux de moi,
pousse un bourgeon de nénufar.
Et si ce jour vient que la nuit
n'ouvre plus le rideau de scène,
cueillez dessus mon corps flétri
la fleur de la joie souveraine.
Fausto Olivares