en plantant dans mon coeur
son unique oeil béant.
A qui parles-tu? et je vis
que j'étais moins que seul
devant mon verre de rhum.
Petit oeil sans paupières
à l'iris coloré
aux parfums de Madère.
De qui parles-tu? dit la voix
qui sortait de la bouche
sans lèvres du godet
De qui parles-tu? et je vois
que je suis moins que vieux
dessus mon fond de rhum
Boujaron sans couleur
à la culasse ambrée
aux îliennes senteurs
Qui regrettes-tu? lança-t-il
et l'oreille s'agrandit
assoifée de réponse
Qui regrettes-tu? j'entendis
le silence qui sonne
aux flancs du verre de rhum.
Oreille aux boucles rousses
de canne distillée
vieillie en fût des mers
Je crus voir mes doigts creux
prendre le verre à son cou
et d'un long baiser fou
sur son regard vitreux
sur son oreille de glace
sur sa bouche arrondie
le vidai de sa vie
lui volai son audace
Fausto Olivares
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